Chères Amies et Chers Amis,

 

Mars et Avril ont été riches en rencontres au cours desquels Vivere a pris deux nouveaux engagements que nous vous soumettons ci-après sur cette page (sans mise en forme) et, aussi, avec les documents Word attachés.

 

Le premier, appui à « Kénédougou Dèmè, association de lutte et de soutien aux personnes atteintes du VIH à Sikasso, Mali », a été introduit par Anouchka Smits qui a vécu & travaillé 2 ans sur place. Anouchka assurera la correspondance et l’appui technique au partenaire local, et elle dirigera la recherche de fonds depuis Genève où elle réside à présent. Anne Mauris, membre de notre comité, se rend au Mali dans quelques jours et y consacrera du temps pour travailler avec Kénédougou Dèmè.

Nous cherchons dix mille francs pour le lancement et la première année d’action de cette initiative.

 

Le second projet, « Sensibilisation pour la lutte contre les mutilations génitales féminines en milieu rural », doit naître au sud du Tchad sous la conduite de notre partenaire AJAC (association jeunesse anti clivage) de Koumra. Le premier volet de cette action est prévue de durer 6 mois et pourra démarrer dès que nous aurons collecté les huit mille francs définis dans son budget.

 

Pour l’un comme pour l’autre Vivere cherche le premier franc, mais la valeur éthique et humaine de ces deux projets permettent d’espérer trouver la compréhension et l’adhésion rapides des donateurs. La documentation technique plus fouillée & une bibliographie sont à votre disposition sur simple demande.

 

Nous vous remercions vivement de mobiliser votre entourage et vos connaissances susceptibles de se solidariser avec ces causes. Pour mémoire, les versements -avec mention du projet bénéficiaire- peuvent être faits :

–   au C.C.P. de Vivere, n° 17-709 738 – 6, (sur simple demande nous faisons suivre des bulletins de versement),

–   ou bien à la Banque cantonale vaudoise, Lausanne, compte 995.65.29, clearing 767.

 

Madagascar : nos amis du Centre médico-socio-nutritionnel d’Anosimasina font parvenir deux histoires que vous aurez probablement plaisir et intérêt à lire ci-après. Vivere a poursuivi son soutien à ce programme avec un transfert de mille francs la semaine passée.

 

Merci de votre attention et excellente semaine à toutes et à tous !

 

le comité de Vivere

 

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MALI

 

 

 

 

Préambule

Au cours de ces dix dernières années, la pandémie du SIDA a envahi silencieusement, insidieusement, et impitoyablement le monde, et en particulier les pays dits sous-développés. Elle entraîne dans son sillon le blâme, le rejet, et la division au sein des familles et des communautés. Cet état de fait est actuellement très prononcé en Afrique, plus particulièrement au sud du Sahara. Si le Mali a, en moyenne, un taux de prévalence supérieur à 4% de la population adulte, à Sikasso, troisième ville du pays, il oscille entre 6 et 7%. Située à l’extrême sud du pays, cette ville de 195’000 habitants est un carrefour entre le Mali, le Burkina et la Côte d’Ivoire. Son fort taux de prévalence s’explique par sa position géographique mais aussi par l’intensification de l’exode rural.

Alors qu’aujourd’hui les séropositifs occidentaux sont presque tous sous trithérapie, ce qui leur ouvre un avenir plus chanceux qu’il y a quelques années, rares sont ceux des pays en voie de développement qui ont la chance d’en bénéficier. Les seuls traitements abordables proposés sont ceux des maladies opportunistes, et ceux-ci déjà sont ruineux pour une famille.

  
Titre du projetAppui à « Kénédougou Dèmè, association de lutte et de soutien aux personnes atteintes du VIH » à Sikasso, Mali.
  
SituationSikasso, milieu urbain.
  
 

 

 

 

Historique

L’épidémie du Sida fait des ravages en Afrique sub-saharienne du au tabou très prononcé qui pèse sur le sujet des relations sexuelles, du aussi à la polygamie et au très faible revenu économique d’une famille moyenne de ces régions.

A Sikasso en l’an 2000, les seules structures de prise en charge d’un malade du Sida sont l’unité conseil du centre hospitalier Momo Traoré et l’hôpital régional de Sikasso. Au centre Momo Traoré, un psychologue prépare le patient suspecté à accepter de faire le test du Sida et à recevoir le résultat, alors qu’à l’hôpital régional on s’évertue à fournir des perfusions de réhydratation, (pour les diarrhées, principales cause de décès), et des antibiotiques ou antimycosiques contre les maladies opportunistes. Dans ces conditions, un patient détecté séropositif n’a qu’une espérance de vie de 6 mois car ils sont déjà à un stade avancé de la maladie.

  
 

 

 

Le Problème

  • Les campagnes d’information et de prévention sont extrêmement rares et ne peuvent donc avoir qu’un impact faible sur la diminution de la transmission du Sida.
  • Du aux sévères tabous, les personnes détectées séropositives n’en parlent qu’exceptionnellement à leur(s) partenaire(s) car dans les rares cas où la personne atteinte en parle à son entourage, elle est rapidement exclue du clan, de la famille, et se retrouve sans aucun soutien moral ou financier.
  • Les frais médicaux et le coût des traitements pour maladies opportunistes sont si élevés en comparaison au revenu familial moyen qu’ils peuvent rapidement entraîner la ruine d’une famille. De plus, la personne malade est souvent l’un des piliers financiers de la famille, ceci entraînant un manque à gagner important.
  
 

 

 

But de l’action, résultats espérés

  1. Lutter contre la stigmatisation, l’humiliation, le rejet et la discrimination des personnes vivant avec le VIH.
  2. Apporter un soutien aux personnes vivant avec le VIH en aidant à :
    • l’achat de médicaments et en participant aux frais médicaux,
    • l’achat d’une nourriture adaptée et d’articles nécessaires à la prise en charge du malade,
    • la prise en charge des enfants affectés ou infectés par le VIH,
    • proposer une activité génératrice de revenus qui soit plus adaptée à la nouvelle situation du malade,
    • aider les grands enfants de ces familles à réaliser leur indépendance économique en vue de décharger et d’aider leurs parents malades,
    • promouvoir l’esprit de collaboration et de solidarité avec toutes associations et organisations non gouvernementales.
  3. Organiser des opérations de solidarité en vue de récolter des fonds destinés à répondre aux problèmes socio-économiques des personnes survivantes.
  
Mise en œuvre & contrôleActuellement par les membres de l’association Kénédougou Dèmè. Dès fin 2001 et qu’un minimum de fonds annuel aura pu être récolté, l’association entend engager 2 travailleurs sociaux pour visiter les malades et leurs familles à un rythme adéquat.
  
Budget10’000 CHF par année.
  
Personnes responsablesMadame Mahachiata Bengaly, présidente de l’association Kénédougou Dèmè ; Monsieur Oudou Bengaly, trésorier.
  
DuréeUn an renouvelable

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Tchad

 

 

 

Préambule

On estime à 2 millions les filles et les femmes qui subissent des mutilations sexuelles chaque année. Entre 80 et 130 millions sont touchées dans le monde (UNICEF). Ces pratiques millénaires douloureuses, (circoncision, excision, infibulation, introcision), entraînent des complications immédiates, (hémorragie, infection, lésion des organes adjacents) ainsi que des complications obstétricales graves à long terme; elles peuvent aussi conduire à la mort.

Aucune religion ne les ordonne.

Le Tchad fait partie des pays africains où l’excision est toujours pratiquée.

  
Titre du projetSensibilisation à la lutte contre les mutilations génitales féminines en milieu rural
  
Situation7 cantons du département du Mandoul (Koumra), Moyen Chiari, extrême sud du pays. Concerne 120.000 habitants, appartenant à l’ethnie Sara, de confession chrétienne.
  
HistoriqueL’excision, ou clitoridectomie, est l’ablation du clitoris, accompagné de celle de petites ou grandes lèvres. Pratique traditionnelle dans le pays elle est particulièrement fréquente au Moyen Chari où l’excision de toutes les jeunes filles Sara est systématique. Le ministère de la santé interdit les mutilations sexuelles dans les structures de santé et le gouvernement a manifesté sont intention de soutenir la lutte des associations dans ce domaine.
  
 

 

 

 

Le Problème

Le Département du Mandoul reste sous le poids de cette pratique traditionnelle néfaste pour la santé de la femme qu’est l’excision. Cette intervention est ressentie par ses défenseurs comme étant positive et ancestrale, et à ce titre devant perdurer. Elle constitue un rite initiatique, accompagné de cérémonies, que subissent simultanément une cinquantaine de filles; ce rite marque le passage au statut de femme. L’intervention est pratiquée par des exciseuses, femmes qui furent elles mêmes excisées, deux à quatre par canton, qui n’ont pas d’autre rôle dans la communauté.

Parmi les objectifs de l’AJAC se trouve celui de contribuer à la protection des groupes vulnérables notamment les minorités, les femmes, les enfants…

L’AJAC a déjà organisé des conférences/débats sur le sujet dans la ville de Koumra. Ce projet de sensibilisation en milieu rural. où l’excision sévi davantage, est la suite logique dans cette lutte contre la violation d’un des droits fondamentaux de la femme: son intégrité. Il compte avec l’appui de l’autorité religieuse et sanitaire.

  
 

 

But de l’action, résultats espérés

  • Lutte contre les pratiques néfastes pour la santé de la femme.
  • Formation des personnes ressources (45): chefs traditionnels, exciseuses, représentantes des groupes féminins, animateurs du centre de formation professionnelle rurale, membres de l’association des Filles-Mères de Koumra, responsables religieux.
  • Donner aux participants les méthodes d’animation et de sensibilisation.
  • Transmettre les données médicales nécessaires concernant l’appareil génital et les conséquences des mutilations, indispensable pour la compréhension du problème.
  • Définir, avec les participants, des stratégies efficaces de sensibilisation en milieu rural.

Résultats attendus:

  • 41 relais communautaires informés et formés en techniques d’animation et sensibilisation.
  • Réduction de nouveaux cas d’excision.
  • Amélioration de la santé des femmes.
  • Amélioration du taux de scolarisation.
  • Possibilité d’adoption d’une forme de rite initiatique féminin sans excision.
  
Mise en œuvre & contrôle
  • Association Jeunesse Anti-Clivage (AJAC) de KOUMRA, en collaboration avec la sage femme de la maternité.
  • Appui et suivi de Vivere.
  
Activités
  • Formation de formateurs.
  • Sensibilisation de la population.
  • Projection de films.
  • Visites de suivi sur le terrain.
  • Évaluation
  
Ressources requisesPersonnel: sage femme de la maternité du district, médecin chef de district sanitaire, un sociologue et un membre de l’AJAC

Fournitures. Location salle, films, groupe électrogène et véhicule.

  
Budget3.271.950 FCFA, environ 8.000 CHF
  
Personnes responsablesPrésident de l’AJAC de Koumra, Monsieur Djassinabaye Dibonmon.
  
Durée6 mois

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MADAGASCAR,  avril 2001

CLIN D’ŒIL

Promener les enfants dans les environs immédiats de notre commune s’impose pour leur faire découvrir un environnement autre que leur quotidien limité généralement à leur quartier. Nous avons parcouru une route sinueuse, franchi une colline majestueuse de loin, mais combien triste avec ses flancs nus, ensanglantés de latérites rouges.

Puis une autre colline , coquette celle-là exhibant sa belle chevelure faite de pins et d’eucalyptus, exhalant un parfum indéfinissable, laissant percer ici et là des rayons de soleil, comme danse féerie d’images.

Des yeux agrandis, des bouches bées et muettes d’admiration, n’osant proférer le moindre bruit de peur de briser l’enchantement.

Soudain, des cris de joie fusent, que c’est beau! que c’est beau!

Les groupes se forment pour cueillir des brindilles, des feuilles, des cailloux. Les mères s’affairent dans la préparation des goûters, l’équipe organise des jeux.

Des groupes de filles se rassemblent pour jouer au TAMABOU. Il s’agit d’animer des cailloux en guise de poupées et chacune à tour de rôle raconte une petite histoire autour d’une famille.

Le thème le plus exploité est celui des familles où le père rentre toujours tard à la maison, ivre, cherchant la bagarre, empêchant de dormir,

Ou encore , la querelle de voisinage, deux mères qui s’arrachent les cheveux pour des vétilles.

En aucun cas, il n’y a pas d’histoires d’enfants ou quelque chose de ludique, ou des aventures d’écoliers.

Les enfants ne comprennent pas quand on leur demande de narrer des histoires drôles sauf la petite Soafara, la malicieuse.

Elle a peint toute l’équipe du centre selon sa perception des choses. Les femmes sont mal habillées et mal coiffées tous les vendredi, l’infirmier oublie souvent son rendez-vous chez le coiffeur, il est comique avec son front dégarni et sa queue de cheval, le comptable n’a pas toujours la mine réjouissante, il gronde le personnel qui lui demande quelque chose, il vérifie toujours ses cahiers avant de satisfaire les doléances. Le coursier va toujours en ville avec son crâne éternellement rasé, on dirait une noix de coco ambulante. On se demande s’il a encore de cheveux. Les gardiens sont nos tontons. Les assistantes sociales sont nos meilleures amies à la seule condition que nous soyons propres, mais cela n’empêche qu’elles sont parfois bizarres, complètement à côté de la plaque comme maman parfois.

Les toubibs sont de véritables traîtres. Quand nous tombons malades, elles n’économisent pas leur gentillesse, puis elles écrivent dans le carnet des choses terribles. Arrivés chez l’infirmier, nous avons droit à la maltraitance: piqûre et encore des piqûres, surtout quand on a mal à la gorge.

Pour se faire pardonner, elles te caressent hypocritement la tête puis te glissent quelques friandises.

Elles devraient écrire friandises dans nos carnets la prochaine fois.

Charlys CMSNA

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JE M’APPELLE VONJY

Je m’appelle Vonjy, j’ai trois ans, et je suis venu au centre contre mon gré avec la complicité de ma cousine Rasoa et de Madé-ZO, (mademoiselle Zo, l’assistante sociale ).

Tout cela va mal tourner car ma mère n’en éprouvait pas le besoin.

Elle a raison car je n’ai pas de fièvre et je n’ai pas mal au ventre. Certes, je suis juste un faible, je n’ai pas tellement faim comme avant. Ma bouche est un peu rouge et ne supporte pas tout ce qui est salé, comme si j’avais mangé des tamarins toute ma vie (fruit très acide ).

Quand je suis arrivé au centre, toutes les blouses blanches et les mamans transportaient des sacs dans une espèce d’hangar (participation des bénéficiaires aux activités du centre ).

Apparemment, personne ne semble se soucier de ma présence mais j’ai du déchanter très vite. Aussitôt, une voix mielleuse m’appelle et une main saisit la mienne pour m’entraîner dans une salle de torture certainement, car tous les enfants qui sortent de là pleurent (salle de soins et de vaccination ).

Ce que je n’apprécie pas du tout, c’est que je suis prétendu être malade et on ne s’intéresse pas à moi. Les blouses blanches procèdent plutôt à une espèce d’enquête policière s’enquérant de mes dernières maladies, de mon carnet de vaccination, de ce qu’on mange à la maison. Ces gens sont très mal élevés, car ma mère m’a dit qu’on ne doit jamais regarder ce qu’il y a dans la marmite de son voisin.

Entre-temps, Madé Zo me déshabille, m’enfile une culotte en plastique comme si j’étais un bébé, et me suspend à une corde fixée sur une espèce de montre (pesée sur la balance Salter). Comble de tout, elle me fait coucher sur une planche qui ressemble à un cercueil sans couvercle (mensuration sur une toise horizontale).J’en suis encore tout terrorisé. Elle écrit sur un papier plein de trait tout ce qu’elle a vu et elle éprouve encore le besoin d’ajouter d’autres traits de toutes les couleurs.

L’autre monsieur, faiseur de piqûres me regarde avec des yeux faussement bienveillants.

Il consulte mon carnet et a grondé ma cousine parce qu’il manque un vaccin. C’est très bien fait pour elle. Elle n’a pas à faire du zèle pour m’entraîner jusqu’ici.

Après un temps interminable, l’équipe a découvert ma véritable maladie, un nom barbare inventé de toutes pièces : marasy-koasy (marasme-kwashiorkor, schéma classique des enfants malnutris qui souffrent d’un état de dénutrition généralisée, portant sur le déficit en calories et en protides).

La suite est indescriptible car on m’a palpé de la tête jusqu’au pied, le radoko (toubib en malgache) en palpant mon ventre m’a dit qu’il est plein de vers, moi je ne vois rien. Encore de ces idées malicieuses pour m’administrer des piqûres.

Et puis , j’étais intégré aux autres enfants qui semblent heureux. Mais comment peut-on être heureux dans un endroit aussi infernal.

Quelqu’un tape des mains, c’est l’heure du goûter ( UNIMIX + lait). Tous les enfants se mettent en rang pour la distribution après l’appel.

Je n’ai jamais mangé un tel délice, je voudrais tant en redemander comme les autres, mais je n’ose pas. Tojo m’a poussé à en faire autant et c’est avec regret que j’ai terminé ma part.

Tojo est tellement gentil que j’ai osé lui demander quand est-ce qu’on va me faire des piqûres.

Il était éberlué et a éclaté de rires en me rassurant qu’ici on ne fait pas de piqûres aux enfants, mais qu’on nous donne des gouttes et du repas et on nous pèse souvent. Attention aux séances de douche, de coupe-ongles et de l’hygiène des mains avant chaque repas, car Madé-Zo est très stricte sur ces chapitres. Il paraît que si on a les mains sales, des bestioles poussent tout seul dans ton ventre et qu’on risque de mourir de choléra. Quelle calamité!

Après une semaine de séjour au centre, je me sens revigoré. Les jours de week-end sont pénibles, mes compagnons me manquent mais surtout les repas. Maman me répète tout le temps qu’elle ne peut pas faire les même repas qu’au centre.

Je lui en veut de sa mauvaise volonté mais comme il y a tellement de tristesse dans ses yeux, je ne lui en veux pas. Vivement lundi.

Charlys CMSNA